jeudi 22 février 2024
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MINISTRE DE L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE

Lotfi Benbahmed “Le marché est dérégulé”

 Quelle est la finalité  de  cette  attestation  de  régulation qui a suscité  une  levée  de  boucliers  dans  le  monde  du  médicament ?
Lotfi Benbahmed : Cette attestation est introduite dans l’espoir de réguler le marché national du médicament et des dispositifs médicaux, qui est estimé à 4 milliards d’euros par an. Malgré ce montant en milliards d’euros, nous avons continué, tout au long de l’année, à déplorer des ruptures de stock, notamment dans les hôpitaux. Cela montre bien que le marché est dérégulé.

L’introduction de cet outil permettra tout d’abord de ne plus importer ce qui est produit localement et ensuite de n’apporter de l’étranger que ce dont nous avons besoin. Ce qui est étonnant, c’est que les ruptures de traitements concernent le plus souvent des gammes qui ne coûtent pas cher, ou celles qui ne sont pas très intéressantes économiquement. Alors que les produits médicamenteux coûteux sont disponibles. Les gens faisaient et importaient ce qu’ils voulaient et ce qui les intéressait.

Ce genre de mesure exigée par les banques n’est jamais annoncé à l’avance. Pour la simple raison que si  on  annonçait  cette mesure, elle aurait eu l’effet inverse. Les  gens  auront  alors  du temps  pour  domicilier  leurs  opérations n’importe où et n’importe comment, ce qui  dérégulera  et  inondera le marché des produits qui seront interdits d’importation.

Ce qu’il faut aussi savoir, c’est qu’il n’y  a pas  uniquement  les médicaments dans ces opérations d’importation. Il y a aussi les dispositifs médicaux. C’est un créneau où il y a à boire et à manger. Il faut savoir à ce titre que 84% des dispositifs médicaux ne sont pas  homologués en Algérie. Nos  devises  sont dépensées pour rapporter n’importe quoi.

Quels sont les critères pour l’obtention  de  ce  sésame  d’importation ?
Il ne s’agit pas de  faire  une  étude  fouillée. Les  documents  demandés sont déjà disponibles chez les opérateurs. Cela nous permet de savoir ce qui s’est passé pendant toute l’année et du coup de contrôler ce qui a été réalisé et ce qui ne l’a pas été. Nos services  compétents  auront  également à vérifier et à contrôler les stocks.

Le  ministère  de  la Santé  a  déjà  fait  ce  travail  avant  de  signer  les programmes…  
Cela n’est pas une régulation, mais juste des programmes prévisionnels. La régulation ne se limite pas à l’élaboration et au contrôle des pro forma ou des bons de commandes. Un programme d’importation n’est pas un bon de commande.

Cette attestation ne risque-t-elle  pas  d’impacter  la  prise en charge du malade ? 
Nous avons introduit cet outil de régulation, parce que nous ne voulons pas laisser des malades mourir ou continuer à apporter des produits qui seront périmés. En un mot, nous avons mis au point cet outil pour débusquer la îssaba du médicament. Il y a un nouveau gouvernement et nous avons pris nos responsabilités.

Le ministère de l’Industrie pharmaceutique est là pour réguler l’importation et la production nationale, conformément à un décret qui nous donne la prérogative de mettre une politique pharmaceutique pour assurer la disponibilité des médicaments, tout en contrôlant ce qui manque dans notre pays. Nous avons aujourd’hui une approche globale, alors qu’avant, nous avions une approche budgétivore.

Les  établissements  publics PCH ou IPA sont-ils exempts de cette mesure ?  
Bien sûr que non.  Ces  deux  établissements  ne  sont  pas  exempts .S’ils répondent aux critères établis, l’attestation leur sera délivrée immédiatement. C’est compliqué pour une banque de faire le distinguo entre un opérateur public et un privé, parce qu’il s’agit d’une domiciliation bancaire, et pour nous, c’est une mesure générale qui concerne tous les opérateurs.

in Liberté