Par Dr Lamia Rahal, envoyée spéciale de Santé News à Paris
PARIS — La souveraineté sanitaire est aujourd’hui au cœur des enjeux économiques et industriels. Cette question a été au centre des Rencontres du G5 Santé, organisées le 13 octobre 2026 à Paris sous le thème : « Nouvelle donne géopolitique des produits de santé : de la dépendance vers la puissance ? »
Recherche clinique : un levier stratégique encore sous-exploité
Autre axe majeur des échanges : la place de la recherche clinique dans les stratégies de développement pharmaceutique. Celle-ci doit être considérée comme une activité économique à part entière, susceptible de générer des retombées importantes en matière d’investissement, d’innovation et d’accès aux traitements.
Pour les marchés émergents, le développement d’une recherche clinique structurée peut constituer un moyen d’accélérer l’accès des patients aux médicaments innovants, tout en renforçant les compétences scientifiques et les infrastructures locales.
Cette ambition suppose toutefois une meilleure maîtrise des risques liés au développement des médicaments. Le taux d’attrition en recherche et développement, qui correspond à la proportion de candidats-médicaments abandonnés au fil des étapes précliniques et cliniques, demeure un paramètre essentiel dans l’évaluation des investissements et la conduite des essais.
La capacité à structurer des environnements favorables à la recherche clinique représente donc un enjeu scientifique, industriel et économique pour les pays souhaitant renforcer leur place dans la chaîne de valeur pharmaceutique.
La Chine accélère sa stratégie d’innovation pharmaceutique
La montée en puissance de la Chine constitue l’un des éléments marquants de la nouvelle géopolitique du médicament. Le pays ne se limite plus à un modèle historiquement associé à la production de médicaments à bas coût : il ambitionne désormais de renforcer son rôle dans l’innovation pharmaceutique mondiale.
Les objectifs présentés dans le cadre de son 15e Plan quinquennal pour la période 2026-2030 traduisent cette volonté. Ils comprennent notamment le développement de médicaments innovants de type first-in-class, l’augmentation du chiffre d’affaires des principales entreprises pharmaceutiques et l’émergence de nouveaux blockbusters mondiaux.
Cette orientation témoigne d’une compétition internationale de plus en plus forte autour des technologies, des investissements et des capacités de recherche. Elle rappelle également que la souveraineté sanitaire ne repose pas uniquement sur la fabrication des médicaments, mais aussi sur la maîtrise des innovations et des technologies qui façonneront les traitements de demain.
L’État stratège, garant d’une vision industrielle à long terme
Face à ces transformations, les Rencontres du G5 Santé ont également mis en avant le rôle des politiques publiques dans la structuration de la filière.
Parmi les instruments évoqués figure la loi de programmation, qui permet de fixer une trajectoire pluriannuelle pour les moyens financiers, humains et matériels consacrés à un secteur stratégique. Appliquée à la santé, une telle démarche peut contribuer à donner davantage de visibilité aux industriels, aux chercheurs et aux investisseurs.
La stabilité des orientations publiques apparaît essentielle pour soutenir la recherche et le développement, encourager les investissements industriels et consolider les capacités nationales de production.
L’ambition est de dépasser une gestion à court terme des crises pour construire une stratégie cohérente, capable d’anticiper les besoins futurs et de renforcer durablement l’autonomie sanitaire.
Par Dr Lamia Rahal, envoyée spéciale de Santé News à Paris

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