lundi 19 octobre 2026
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Dr Omar Aimer, pharmacien et pharmacologue algérien et président de l’ISoP

Pharmacovigilance : L’ISoP dévoile les 6 priorités pour mieux protéger les patients.

 Réunis à San José, au Costa Rica, du 22 au 25 septembre 2026, plus de 400 participants issus de 57 pays ont pris part au 25e Global Meeting de l’International Society of Pharmacovigilance (ISoP). Au cœur des échanges : l’évolution de la pharmacovigilance, l’intelligence artificielle, la place du patient et le renforcement de la coopération internationale. Pour le Dr Omar Aimer, pharmacien et pharmacologue algérien et président de l’ISoP, l’avenir de la sécurité des médicaments repose sur un principe essentiel : construire des écosystèmes de confiance au service de la santé publique.

 

Santé News DZ : Le 25e Global Meeting de l’ISoP s’est tenu sous le thème « Ecosystems of Trust – Pharmacovigilance for a Healthier World ». Quels sont les principaux enseignements de cette édition ?

Dr Omar Aimer : Cette 25e édition, organisée à San José, au Costa Rica, du 22 au 25 septembre 2026, a réuni plus de 400 participants de 57 pays. Elle a rassemblé des représentants des autorités réglementaires, des professionnels de santé, des chercheurs, des experts de l’industrie pharmaceutique, des organisations internationales et des représentants des patients.

Les échanges ont confirmé que la pharmacovigilance connaît une transformation profonde. La sécurité des patients ne peut plus être abordée de manière isolée. Elle doit s’inscrire dans de véritables écosystèmes de confiance, fondés sur la collaboration entre toutes les parties prenantes.

Le thème de cette édition reflète cette évolution : au-delà de la surveillance des effets indésirables, il s’agit de renforcer les mécanismes de confiance qui permettent d’identifier les risques, de partager les informations et de prendre des décisions éclairées pour mieux protéger les patients.

Santé News DZ : Quelle place le patient doit-il occuper dans cette nouvelle approche de la pharmacovigilance ?

Dr Omar Aimer : Le patient doit être davantage placé au cœur de la pharmacovigilance. Son expérience, ses observations et sa perception des bénéfices et des risques des médicaments constituent des éléments importants pour mieux comprendre leur utilisation en conditions réelles.

Cette approche implique d’intégrer plus efficacement la voix des patients dans la détection des problèmes de sécurité, leur évaluation, la prévention des risques et la communication des informations.

La pharmacovigilance ne doit pas uniquement reposer sur les données recueillies par les professionnels de santé et les systèmes de surveillance. Elle doit également reconnaître la contribution des patients, qui sont directement concernés par les traitements et leurs effets.

Santé News DZ : L’intelligence artificielle et les nouvelles technologies occupent une place croissante dans le domaine de la santé. Comment peuvent-elles transformer la pharmacovigilance ?

Dr Omar Aimer : L’intelligence artificielle, les données du monde réel et les nouveaux outils numériques offrent des possibilités considérables. Ils peuvent contribuer à analyser des volumes croissants d’informations et à améliorer la détection ainsi que l’évaluation des risques associés aux médicaments.

Cependant, ces avancées doivent s’accompagner d’exigences fortes en matière de qualité des données, de validation scientifique, de transparence et de gouvernance. La supervision humaine reste essentielle pour garantir la pertinence des analyses et la fiabilité des décisions.

La technologie doit être considérée comme un moyen d’améliorer la sécurité des patients, et non comme une finalité en soi. Son utilisation doit rester encadrée par des exigences scientifiques et éthiques rigoureuses.

Santé News DZ : Pourquoi la coopération internationale est-elle devenue indispensable pour garantir la sécurité des médicaments ?

Dr Omar Aimer : La sécurité des médicaments est, par nature, un enjeu mondial. Un signal de sécurité peut émerger dans un pays et avoir des implications bien au-delà de ses frontières.

Il est donc essentiel de renforcer le partage des données, des connaissances et des bonnes pratiques entre les autorités réglementaires, les professionnels de santé, les chercheurs, l’industrie pharmaceutique, les patients et les organisations internationales.

Le Joint Meeting entre l’ISoP et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), organisé dans le cadre de cette édition, ainsi que le Programme international de l’OMS pour la surveillance des médicaments, illustrent l’importance de cette dimension internationale.

Une coopération renforcée permet de mieux comprendre les risques, de favoriser une évaluation plus rapide des signaux de sécurité et de soutenir des décisions adaptées pour protéger les patients.

Santé News DZ : Quelles sont les compétences à développer pour accompagner les évolutions de la pharmacovigilance ?

Dr Omar Aimer : Les médicaments, les technologies et les méthodes d’analyse évoluent rapidement. Les compétences doivent donc progresser au même rythme.

La formation et le renforcement des capacités constituent des priorités majeures. Les professionnels impliqués dans la pharmacovigilance doivent pouvoir maîtriser les nouvelles méthodes d’analyse, comprendre les enjeux liés aux données et intégrer les outils numériques dans leurs pratiques.

L’objectif est de faire en sorte que les progrès scientifiques et technologiques puissent bénéficier à l’ensemble des systèmes de santé. Le développement des compétences est indispensable pour transformer les innovations en améliorations concrètes de la surveillance des médicaments.

Santé News DZ : Comment passer d’une pharmacovigilance réactive à une approche plus proactive et préventive ?

Dr Omar Aimer : L’un des enjeux majeurs consiste à ne plus seulement réagir lorsqu’un problème de sécurité est identifié, mais à anticiper autant que possible les risques.

Une meilleure exploitation des données, notamment des données du monde réel, associée à des méthodes analytiques plus performantes, peut permettre d’identifier certains risques plus précocement.

Cette évolution doit faciliter la mise en œuvre plus rapide de mesures de prévention et de minimisation des risques. Elle suppose également une collaboration étroite entre les différents acteurs afin que les informations disponibles puissent être transformées en actions concrètes.

L’enjeu est de renforcer la capacité des systèmes de pharmacovigilance à détecter les signaux pertinents et à agir avant que les risques ne produisent des conséquences plus importantes pour les patients.

Santé News DZ : Enfin, comment maintenir la confiance des patients et des professionnels de santé dans les médicaments et les systèmes de surveillance ?

Dr Omar Aimer : La confiance ne peut jamais être considérée comme acquise. Elle se construit dans la durée, grâce à la transparence, à la qualité scientifique et à une communication claire et équilibrée sur les bénéfices et les risques des médicaments.

Elle nécessite également un dialogue continu entre les patients, les professionnels de santé, les autorités réglementaires, les chercheurs et l’industrie pharmaceutique.

La confiance est un élément central de la sécurité sanitaire. Sans elle, le partage des informations et l’adhésion aux mesures de prévention peuvent être fragilisés. C’est pourquoi elle doit accompagner toutes les évolutions de la pharmacovigilance, y compris celles liées à l’intelligence artificielle et aux nouvelles sources de données.

« La technologie, à elle seule, ne suffira pas »

Santé News DZ : Quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs de la santé pour l’avenir de la pharmacovigilance ?

Dr Omar Aimer : La pharmacovigilance est à un tournant. L’intelligence artificielle, les nouvelles sources de données et l’innovation vont transformer notre manière de travailler. Mais la technologie, à elle seule, ne suffira pas.

Nous devons également renforcer la confiance, la collaboration internationale et les compétences afin de transformer les connaissances en actions concrètes pour mieux protéger les patients.

La finalité première de la pharmacovigilance demeure inchangée : garantir une utilisation plus sûre des médicaments et contribuer à la protection des patients. Les outils évoluent, les méthodes se perfectionnent, mais cet objectif doit rester au centre de toutes nos démarches.

 

Propos recueillis par Santé News DZ auprès du Dr Omar Aimer,
pharmacien et pharmacologue algérien, président de l’International Society of Pharmacovigilance (ISoP).

 

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