dimanche 18 octobre 2026
Accueil > Actu / news > Afrique : briser la dépendance pharmaceutique
le 13 octobre 2026 à Paris, les Rencontres du G5 Santé.

Afrique : briser la dépendance pharmaceutique

Par le Dr Lamia Rahal, envoyée spéciale de Santé News à Paris

PARIS — Dépendances aux approvisionnements, tensions géopolitiques et enjeux de production : la souveraineté sanitaire s’impose plus que jamais comme une priorité stratégique. Comment l’Europe peut-elle reprendre la maîtrise de ses approvisionnements en produits de santé et transformer ses dépendances en leviers de puissance ? C’est autour de cette question centrale que se sont tenues, le 13 octobre 2026 à Paris, les Rencontres du G5 Santé, placées sous le thème : « Nouvelle donne géopolitique des produits de santé : de la dépendance vers la puissance ? »

 

Afrique : transformer la dépendance en opportunité industrielle

Pour l’Afrique, les recompositions géopolitiques de l’industrie pharmaceutique représentent à la fois un risque et une opportunité. La forte dépendance du continent aux importations de produits de santé, estimée dans les éléments présentés entre 70 et 95 %, expose les systèmes de santé aux perturbations des chaînes d’approvisionnement et aux tensions sur les marchés internationaux.

Dans le même temps, la volonté de développer une production locale ouvre des perspectives importantes pour les pays africains, notamment dans les domaines des médicaments, des vaccins, des produits biopharmaceutiques et des principes actifs.

La consolidation de cette autonomie nécessite des investissements industriels, des transferts de technologie et des partenariats durables entre les pouvoirs publics, les laboratoires pharmaceutiques, les institutions scientifiques et les acteurs technologiques.

L’intégration continentale constitue également un levier déterminant. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), la mise en place de l’Agence africaine du médicament (AMA) et les mécanismes d’achats groupés peuvent contribuer à faciliter les échanges, à harmoniser les cadres réglementaires et à renforcer la capacité de négociation des pays africains.

L’exemple de l’Égypte, qui ambitionne de consolider son autonomie pharmaceutique et ses exportations, illustre le potentiel de développement de pôles industriels régionaux.

Production locale, intelligence artificielle et partenariats : les pistes d’avenir

Plusieurs axes stratégiques se dégagent pour accompagner cette transformation du secteur pharmaceutique africain.

Le premier concerne le développement de la fabrication locale, notamment pour les principes actifs, les vaccins et les produits biopharmaceutiques, associé à des transferts de technologie permettant de renforcer les compétences et les capacités de production.

Le deuxième porte sur la structuration de la recherche clinique, afin d’attirer davantage d’investissements, de développer l’expertise scientifique et de faciliter l’accès aux innovations thérapeutiques.

Le troisième concerne la transformation numérique. L’intelligence artificielle et les technologies réglementaires peuvent contribuer à améliorer la pharmacovigilance, la prévision des stocks, la traçabilité des produits et l’efficacité des procédures d’autorisation.

Enfin, le renforcement des partenariats public-privé et de la coopération internationale apparaît indispensable pour rapprocher les laboratoires locaux, les startups technologiques, les institutions publiques et les centres de recherche.

La souveraineté sanitaire, un impératif stratégique mondial

Les échanges des Rencontres du G5 Santé mettent en évidence une réalité incontournable : la maîtrise des produits de santé est devenue un élément central de la puissance économique et de la sécurité des nations.

Pour l’Europe, le défi consiste à préserver sa compétitivité industrielle et son potentiel d’innovation. Pour la Chine, il s’agit de consolider son ascension dans la recherche et les médicaments innovants. Pour l’Afrique, l’enjeu est de transformer sa dépendance aux importations en une stratégie de production locale, d’intégration régionale et de développement scientifique.

Au-delà des rivalités commerciales et géopolitiques, la santé demeure toutefois un bien commun. La construction de systèmes d’approvisionnement plus résilients et d’une industrie pharmaceutique plus équilibrée suppose de concilier les intérêts économiques, l’innovation et les besoins des patients.

La souveraineté sanitaire ne se résume donc pas à produire davantage sur son territoire. Elle implique de maîtriser les technologies, de développer la recherche, de sécuriser les approvisionnements et de bâtir des politiques publiques cohérentes dans la durée. Autant de conditions pour passer d’une logique de dépendance à une véritable capacité d’action stratégique.

 

Par le Dr Lamia Rahal, envoyée spéciale de Santé News à Paris

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *